Au cours des années 1990, Florence Lazar travaille principalement le genre du portrait photographique avant d’intégrer, à la fin de la décennie, la vidéo à sa pratique. Le choix de ce nouveau médium s’inscrit dans son désir de répondre en tant qu’artiste à la crise qui déchire alors la Yougoslavie. Du fait des liens familiaux et sociaux qui la rattachent au territoire yougoslave, elle a suivi de près le conflit depuis son déclenchement dix ans plus tôt.
"Les Paysans" (2000), fait partie d’un cycle de vidéos et films documentaires portant sur la responsabilité individuelle et collective face au conflit yougoslave. Le documentaire occupe une place de premier plan dans la démarche de Florence Lazar depuis cette époque.
Ce cycle culmine en 2014 avec son troisième long-métrage, "Kamen" (Les Pierres). Le film met au jour des tentatives – sur les plans religieux et culturels – de réécrire le passé dans le but de renforcer le déni de responsabilité plutôt que de le combattre.
En 2008, elle renoue avec son travail antérieur sur
le portrait en réinvestissant de façon novatrice la photographie documentaire. La série d’images qui en résulte montre des supports imprimés liés à l’itinéraire politique de son père. Le fils de l’artiste y joue à la fois le rôle de modèle et de lien entre les générations, comme dans la vidéo "Confessions d’un jeune militant", où il assiste son grand-père dans la présentation des ouvrages qui ont marqué sa formation intellectuelle.
En passant d’une des principales sources de la formation de soi à une autre – de la famille à l’école –, Florence Lazar produit un ensemble de trente-cinq photographies inauguré en 2016 dans le cadre de la commande du 1% artistique pour le collège Aimé-Césaire, dans le 18e arrondissement de Paris. Hommage à la célèbre figure éponyme de l’établissement, l’œuvre réalisée en étroite collaboration avec les élèves fait valoir qu’une approche objective du passé colonial français, loin de perpétuer les clivages sociaux et raciaux ou une culpabilité nationale, peut conduire à une reconnaissance commune de l’histoire.
"125 hectares" (2019), revient au thème pastoral introduit par "Les Paysans". Ce film s’inscrit dans une enquête entamée en Martinique, terre natale de Césaire, sur les conséquences écologiques et sanitaires à long terme de la chlordécone, insecticide cancérigène utilisé pendant plus de vingt ans dans les bananeraies de l’île.
Son film "Tu crois que la terre est chose morte" (2019) tiré de la pièce Une tempête de Césaire – adaptation postcoloniale de La Tempête de Shakespeare – évoque non seulement les ravages écologiques du colonialisme, mais également les potentialités émancipatrices de l’histoire.
Poursuivant son enquête sur la situation écologique en Martinique, son film « Sous les feuilles » (2024) s’attache à un lieu particulier : Anse Bellay, un cimetière de personnes esclavisé.e.s, ayant resurgi après le passage du cyclone Dean. À l’hôpital psychiatrique se formule l’idée d’associer ce bout de terre en lisière de mer à une démarche curative inédite. Le film fait place à ces récits qui s’entremêlent, faisant dialoguer ensemble les vivants, les ancêtres, la mémoire des plantes, les substrats, les fruits déplacés par les cours d’eaux, les invisibles.
Le travail de Florence Lazar se déploie à la croisée de l’art contemporain et du cinéma.
Il a notamment fait l’objet d’une [exposition personnelle au Jeu de Paume](https://jeudepaume.org/evenement/florence-lazar/) en 2019, et a été présenté dans de nombreux musées et centres d’art, parmi lesquels le BLMK à Cottbus, le Musée d’Art moderne de la Ville de Paris, Art Jameel à Dubaï, ou encore la [Spore Initiative à Berlin](https://spore-initiative.org/en/programming/participate/welto-and-the-sacred-bush). Son travail a également été montré dans le cadre de grandes manifestations internationales, dont la 12ᵉ édition de Sonsbeek, le Printemps de septembre à Toulouse (2003, 2021), ainsi que la Biennale A Dobradiça au Portugal (2023).
Ses films ont été projetés dans des festivals internationaux majeurs tels que Cinéma du Réel à Paris, l’International Documentary Film Festival Amsterdam (IDFA), le festival Film documentaire Amazonie Caraïbes en Guyane, le Pravo Ljudski Film Festival à Sarajevo, Sheffield Doc/Fest et le FIDMarseille.
Plusieurs de ses films ont été primés, dont "Kamen" et "Sous les feuilles" au Cinéma du Réel, respectivement en 2014 et [2024](https://archives.cinemadureel.org/film/sous-les-feuilles/) ; "Tu crois que la terre est chose morte" au festival Les Révoltés de l’histoire et au Festival Euganea en 2020 ; et "Les Bosquets", récompensé par le Centre national du cinéma et de l’image animée en 2012.